Outre que ce boût de papier n'a pas empêché quasiment un demi siècle de collusions entre la CGT et le PCF, il tétanise aujourd'hui les syndicats, obligés de faire semblant de mettre tout le monde sur le même pied. Nicolas Sarkozy a reçu avant même son investiture les dirigeants des cinq syndicats "représentatifs", c'est normal. Mais ces mêmes dirigeants sont sortis du bureau du futur président complètement enchantés, comme si un rendez-vous informel effaçait tout le programme électoral et les promesses ; là, c'est moins normal. Paralysés, les syndicats ne semblent ni vouloir ni pouvoir se prononcer en période électorale pour donner leur point de vue sur ce qui, à leurs yeux, serait le meilleur choix eu égard à leurs valeurs syndicales.

Le comportement des associations écolos pendant la dernière campagne électorale est symptomatique de cette recherche utopique de l'indépendance par rapport à la politique. La plupart regroupées dans L'Alliance pour la planète, elles ont noté les programmes des candidats. Je ne m'attarderai pas sur les stratégies d'influence de certains partis pour avoir la meilleure note possible, ou le moins d'écart possible avec la meilleure[1]. Ces notes étaient une manière de faire du faussement objectif, de montrer les différences d'efficacité et de prise en compte d'un sujet donné, le tout sans la moindre consigne ni conseil de vote.

On pourrait comprendre, au premier tour avec 12 candidats, que les associations ne se soient pas prononcées clairement. Au deuxième tour, avec la note de Sarkozy moitié inférieure à celle de Royal, le choix était clair. Aucune consigne n'a pourtant été donnée. Nada. Même chose du côté des syndicats sur les sujets les concernant.

Exceptions notables toutefois, la Ligue des droits de l'Homme a appelé à voter Royal, sans périphrase du style : "nous appelons à faire barrage..." La CGT s'est elle-même montrée assez claire dans son intention de "faire battre" Nicolas Sarkozy. C'était hélas un peu tard. Mais considérons que c'est un "pied dans la porte" pour sortir de cette notion de "classe politique" opposée à la "société civile", comme s'il s'agissait de deux mondes opaques et séparés.

Entendons-nous bien. Je ne suis pas en train de dire qu'il faudrait faire en France une copie des rapports entre les Démocrates américains et les syndicats, avec la dérive mafieuse que ça a parfois entraîné. Ni que les syndicats devraient être systématiquement derrière un seul et unique parti à chaque fois. Évidemment qu'une certaine autonomie est à conserver et à défendre. Il ne faudrait en aucun cas considérer non plus que des associations sont "naturellement" proches d'un parti. La confiance, ça se gagne et s'entretient, dans la réciprocité.

C'est le mot "indépendance" qui est à bannir du vocabulaire politique : on n'est jamais indépendant en politique. On dépend des lois votées au Parlement, on dépend des choix de ses adhérents, on dépend d'une certaine cohérence dans son idéologie... Je ne connais que deux combats indépendants politiquement : les revendications corporatistes et le nimbysme.

L'ouverture est devenu un concept à la mode. Les partis de gauche actuels, dont les Verts bien sûr, feraient bien de l'appliquer à leurs adhésions, à leur mode de fonctionnement. Il semblerait que le parti pyramidal soit en train de péricliter, les modes d'action et de fonctionnement sont à renouveler. Cela vaut aussi pour les associations : combien ont-elles le même bureau et les mêmes porte-parole depuis des années, élus on ne sait comment ni par qui ?

Si l'ouverture mutuelle des partis et des associations et syndicats, ainsi que leurs collaborations pour l'élaboration de propositions et d'un projet de société, si cela pouvait signifier la mort des bureaucrates militants, ça serait une excellente nouvelle.

Notes

[1] Car si les organisations se disent indépendantes, il n'en est pas de même avec des personnes multi cartes...