Le libre marché tue la liberté
Par Adrien, samedi 10 janvier 2004 à 15:03 :: politique :: #231 :: rss
Bonjour,
Imaginez-vous, nous sommes en 2010. Le deuxième round des négociations de l'AGCS tire à sa fin. Les domaines ouverts à la libre concurrence sont encore plus nombreux. La France vient enfin de lâcher l'école, et de nombreux domaines de la culture, déjà sérieusement entamée depuis les pseudo-réformes de 2003/2004, quand le Festival d'Avignon avait été annulé.
Pascal Lamy, le président de la Commission européenne, se félicite que l'Europe aille dans le bon sens, cette plus large ouverture à la concurrence ne peut qu'être profitable à tous, à toutes, et faire reprendre à l'Europe le chemin de la croissance et de la prospérité
.
Steve Jobs, le PDG de Microsoft Learning Foundation, s'est réjoui de cette décision, depuis son hôtel d'Oulan-Bator, où se tenait la conférence. Cela ouvre de nouveaux marchés très intéressant, cela ne peut qu'être bon pour l'économie mondiale des services, qui est le moteur de la croissance depuis maintenant dix ans
a précisé le célèbre entrepreneur. M. Jobs a également déploré les affrontements qui ont eu lieu entre les forces de l'ordre et la centaine de manifestants appartenant à quelques organisations altermondialistes qui avaient réussi à faire le déplacement. La mort d'un opposant français, accidentellement renversé par un blindé des brigades anti-émeutes mongoles, a été déplorée ce matin par le Président de la République, M. Sarkozy.
C'est quoi ce délire ?
Bon, ça fait peur hein ? Et pourtant, ce monde est déjà le nôtre, les négociations de l'AGCS sont déjà engagées. Ces accords, avec effet cliquet (tout retour est donc théoriquement impossible...), sont passés de manière complètement anti-démocratique, et décident de la privatisation de tous les domaines encore plus ou moins préservés : eau, santé, enseignement, transports, courrier, culture... Plus aucune entrave ne devrait être faite au libre commerce, à la libre entreprise, à la sainte concurrence, qui régulera tout par elle-même, comme elle sait si bien le faire aujourd'hui en s'érigeant en rempart contre la constitution de monopoles dangereux.
Ces accords mettent en danger non seulement nos vies sociales, nos droits sociaux, la démocratie, mais perpétuent aussi un modèle de développement fondé sur la croissance, la dépense de plus en plus grande d'énergie, de forces de travail, l'accumulation des richesses au profit d'un petit nombre, tandis que le reste du monde s'appauvrit, que se créent des poches de misère dans les pays développés...
La privatisation du savoir, avec la brevetabilité des gènes, entrent tout à fait dans ce mouvement, quand des paysans seront dépendants du bon vouloir de Monsanto pour semer leurs graines, quand on ne pourra plus écouter la musique comme on l'entend, ni la jouer, ni l'écrire, quand programmer deviendra une activité juridique à plein temps.
Ce monde cauchemardesque, si irréel, est donc en préparation dans les salons de l'OMC, mais la moquette est épaisse dans ces salons, rien n'en transpirent, les députés doivent se battre pour avoir accès à des documents qu'ils ne peuvent pas reproduire. La page d'Attac donne une bonne explication, celle de l'OMC est un tissu de langue de bois, oubliant tout problème derrière l'économie, oubliant l'humain, la nature... Pour les pressés, ces deux petites pages peuvent aider à prendre l'ampleur du désastre.
Mais que faire...?
Des communes comme Paris se sont déclarées zone hors-AGCS. Bien sûr, c'est purement symbolique, mais d'autres ont suivi le même chemin. C'est une réaction normale des élus locaux, quand les représentations de la Nation ne savent plus pourquoi ils sont élus et se perdent dans les avis d'experts, qui sont les mêmes selon les couleurs politiques... C'est une réaction à la crise de la représentativité à un niveau national et supra-national (l'Europe est dirigée par les Commissaires, pas par le Parlement, pourtant élu...). Portera-t-elle ses fruits ? Étant donné le mutisme de l'OMC et de ses partenaires (nos chers gouvernants...) on peut douter. Faudra-t-il un soulèvement populaire violent et sanglant pour que ce déni des droits élémentaires s'arrête ?
Avant le soulèvement insurectionnel, avant la révolution, on peut tout de même agir. Tout d'abord en s'informant, en informant ses voisins, ses amis, en parlant de ce projet démentiel à ses connaissances. En militant aussi, dans des associations ou des partis politiques, en n'oubliant pas d'aller voter, partout, tout le temps. En s'engageant de manière générale.
Pour tous les blogueurs qui me lisent, ou si vous avez un site web, vous pouvez aussi faire comme moi, en mettant le petit logo "zone hors AGCS" sur votre page. Les logos, en différents formats, sont disponibles ici.
Il y a un espoir ?
Oui, il y a toujours de l'espoir. On peut, on doit, être pessimiste, car rien de bon ne peut sortir de ces accords signés sans aucune légitimité, qui mettront à bas toute égalité et toute solidarité nationale, baffoueront notre devise républicaine ; mais ce pessimisme ne doit pas entamer l'espoir ni le combat qu'il faut mener, avec comme slogan, en anglais : Free trade is not fair trade !













Commentaires
1. Le dimanche 11 janvier 2004 à 15:25, par Thomas Petazzoni :: site
2. Le mercredi 31 mars 2004 à 10:25, par Kilobug
3. Le jeudi 1 avril 2004 à 18:37, par Alain :: site
4. Le jeudi 1 avril 2004 à 22:41, par Adrien :: site
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