Le Bordel chez les Verts (en 2003)
Par Adrien le mardi, octobre 7 2003, 23:29 - politique - Lien permanent
"Encore un courant, c'est pour ça que c'est le bordel chez les Verts, y a trop de courant !"
Hé bien non, c'est un peu plus compliqué que ça, sinon ce serait trop simple, et rien n'est jamais simple. Vous aviez remarqué aussi ?
Voici une tentative d'explication du bordel chez les Verts, le parti le plus occasion-manquée de la France contemporaine.
Un peu d'histoire
Dans les années 70 a lieu la prise de conscience écologiste, à un niveau plus large que dans la communauté scientifique. Le choc pétrolier, la fin du délire consumériste des 30 Glorieuses ont fait prendre conscience des limites de notre planète et de ses ressources. Les mouvements hippies, le retour à la nature sont à la mode mais peu réalistes et peu réalisables, cependant l'écologie trouve également une expression politique plus "sérieuse".
En 1974, c'est le début de l'écologie politique française, René Dumont se présente aux élections présidentielles. Il se fait remarquer dans son spot télévisé, en pull à col roulé rouge, buvant un verre d'eau pour rappeler que les choses les plus importantes sont aussi les plus élémentaires, prophétisant un futur manque d'eau au niveau mondial. Il a malheureusement eu raison. Une autre de ses phrases célèbres est celle sur les voitures :
"La voiture, ça pollue, ça pue et ça rend con !"
Il n'est sans doute ni le premier ni le dernier à l'avoir dit. :)
À cette époque, les Verts n'existent pas, et l'écologie politique ne se situe dans le discours ni à droite ni à gauche. Les écolos se contentent de luttes de terrain, très localisées et ponctuelles.
Fondés en 1984, les Verts continuent leur percée, jusqu'au choix de se placer résolument à gauche, ce qui fait perdre la moitié des adhérents. Antoine Waechter et Brice Lalonde partent à droite ou dans des mouvements uniquement écolos, soi-disant sans orientation partisane. Après cela, la recomposition est lente et difficile, jusqu'à la Gauche plurielle, et son effondrement en 2002 lors des présidentielles "séismiques" mais tellement prévisibles, hélas.
Aujourd'hui
Les Verts donnent depuis 2002 l'image d'un parti qui ne sait pas trouver de ligne, où trois personnes font chacune leur courant pour décider de la couleur des toilettes. Souvenez-vous de la mascarade Lipietz-Mamère lors de la désignation du candidat aux présidentielles, du dernier congrès qui a vu l'élection d'un illusre inconnnu (pour faire comme un effet Raffarin ?) au lieu de profiter de la vague Mamère, des luttes fratricides qui continuent envers et contre tout...
Bref, ce n'est guère reluisant.
Pourtant, en interne, des choses se passent. Les luttes incessantes passent parfois pour un combat des chefs pour des places et les indemnités qui vont avec. Car ce bordel, comme on dit, est plus structurel qu'idéologique.
Les Verts ne cessent en effet de le répéter, sur 85 % des idées défendues par le parti, les militants (et encore plus les dirigeants) sont en accord. Les différends, comme d'habitude en politique, portent sur les moyens d'arriver ax fins communes. Dit comme ça, il n'y a aucune différence avec les autres partis français (il y avait bien 6 courants au dernier congrès du PS, les courants cherchent à s'affirmer à l'UMP), alors qu'est-ce qui fait que c'est plus exacerbé, plus visible ?
Passons vite sur les raisons médiatiques, l'excuse des méchants journalistes. C'est en partie vraie, car il y a souvent assez peu de complaisance de la part de la caste médiatique pour le partie des Verts : insistance sur la moindre anicroche entre Verts là ou le couac entre deux éléphants du PS est vu comme tout à fait normal. C'est en partie vraie seulement, car pour le vivre de l'intérieur, il y a réellement quelque chose de différent.
Déjà, les Verts n'ont pas vraiment de structure nationale. Hé oui, aussi surprenant que cela puisse paraître, les militants adhèrent à leur région (Île-de-France, PACA, Bretagne, Alsace, Centre...) et pas au Verts France. C'est l'application stricte du principe de fédéralisme que les Verts veulent appliquer à la France, et qu'ils appliquent d'abord à eux-même.
Cela conduit à un bordel sans nom au niveau de la représentation dans les institutions écologistes : le CAR envoit des représentants au CNIR, qui élisent les membres du Bureau National. Ouf. Dit comme ça c'est simple, mais c'est plus compliqué, car s'y ajoutent la parité, un nombre déterminé de sièges, et les prérogatives de chacun ne sont pas claires, ou personne ne les rend claires.
Les Verts ont également la culture du pas-de-chef, et cultivent le paradoxe suivant : il faut absolument sortir du bois écolo-babacool, mais amusons-nous à dégommer le premier ou la première qui y parvient. À ce jour, Dominique Voynet, Daniel Cohn-Bendit et Noël Mamère en ont fait les frais. Au niveau de la communication grand public, bien que n'étant pas personnellement un adepte du culte du chef, je pense qu'il faut quelqu'un ne serait-ce que pour représenter le parti, le mouvement, une "image" en somme. Nous n'en avons même pas, ou trop, plusieurs contradictoires... Un bordel vous dis-je.
Ensuite ?
Il ne faudrait pas croire que les Verts n'ont pas conscience de cet état de fait, bien au contraire, ils en ont fait plusieurs fois l'amère constatation et ont décidé de faire quelque chose.
Depuis deux ans se déroule l'API, désormais terminé et suivi de la RPI, elle aussi presque terminée.
Tout ceci devrait se terminer par une réforme des statuts, qui en principe mettra plus ou moins fin aux problèmes d'ordre structurel. Je ne dirais pas qu'il y a urgence, mais à court terme, s'il ne règle pas ses problèmes, le parti court à l'éclatement, ou une sérieuse traversée du désert, tiraillé entre l'extrême gauche et la culture de gestion.
Les Verts sont l'exemple typique de bonnes idées mal servies par un parti incapable de se structurer, de dépasser le stade de simple mouvement associatif peu soucieux de la cohérence communicationnelle, des résultats électoraux et du nombre d'adhérents. Entre les allergiques au pouvoir, qui ont trop peur d'y prendre goût et prêtent à tout le monde l'intention d'en faire une fin, et ceux qui ne pensent effectivement qu'au poste qu'ils pourraient obtenir, les Verts doivent trouver un moyen de s'en sortir. Car les idées qu'ils promeuvent sont majoritairement justes, et terriblement utiles : ils sont pour l'instant les seuls à vraiment proposer une écologie intégrée à la politique.
Les idées sont ce qu'elles sont, sans le parti, elles continueraient à vivre, dans les associations, un peu au PS, mais ce serait dommage de devoir tout recommencer et de gâcher ce potentiel.
Pour en savoir plus, pour les très courageux :








Commentaires
Salut Bix, entièrement d'accord avec ton analyse de la situation chez les Verts. J'ajouterais simplement que les problèmes de communication chez les Verts sont aussi liés au fait qu'ils ont longtemps refusé la culture du secret. Les réunions du CNIR étaient, il y a encore peu de temps, ouvertes aux journalistes, qui pouvaient ensuite dévoiler au grand jour les conflits, et faire monter la mayonnaise par la même occasion. La prise de conscience du côté néfaste de cette ouverture ne s'est faite que récemment. Finalement les Verts critiquent beaucoup les autres partis, mais passent leur temps à découvrir en direct pourquoi les autres partis sont organisés comme cela. L'autre parti du problème vient du non contrôle du national sur le local, qui permet des prises de position absurdes, et des conflits totalement ouverts à la presse. Tout cela est un peu désolant, mais c'est par contre le seul parti réellement écolo aujourd'hui...
En effet, et je te remercie pour tes éclairages sur la situation, j'avais omis ce point. Ça devrait un peu changer mais les bourdes et les engueulades qui pourraient conduire à une catastrophe aux régionales sont là pour rappeler qu'on a encore du chemin à faire...
http://lipietz.net/ c'est quand même le site d'homme politique le + intéressant à l'heure actuelle
Bah oui, mais Lipietz est quand même l'exemple même de l'homme politique formidable dans ces analyses, mais totalement nul devant les micros...
et ça c'est un problème car les électeurs ne se décident pas seulement en lisant.... J'avais moi même voté pour lui lors des primaires des verts. J'avais beaucoup apprecié ses interventions lors de meetings, ou dans ses écrits divers et variés.
Oui mais voila : quand je l'ai vu pour la première fois sur un plateau télé (chez Ardisson pour ne pas le citer) j'ai compris qu'on avait fait une grosse grosse connerie ! Aucun esprit d'à propos, incapable de répliquer, et oui il ne suffit pas d'être intelligent pour réussir en politique. Il faut aussi avoir un peu d'humour, et surtout être capable de parler en public naturellement et d'improviser. C'est un peu désolant mais c'est comme ça.